"Les civilisations sont mortelles. Qui se souvient aujourd'hui d'Elam, Ninive ou Babylone?"
Ainsi écrivait Paul Valéry en 1912. En 2010 c'est Eric Zemmour qui évoque cette évidence en se risquant dans la comparaison récurrente (depuis 200 ans) et risquée de l'Occident contemporain
à l'Empire Romain subissant les grandes Invasions. Grandes Invasions que l'historiographie a renommée grandes migrations, à la lumière de travaux récents qui démentent l'idée de guerre permanente
que sous-entend ce terme d'invasions légué par les anciens. Certes il y eut des guerres, des batailles sanglantes. Certes, les cités impériales se garnient de mur, parfois en prenant les pierres
d'édifices publics (comme à Vannes). Certes le monde connaissait des changements. Mais ceux-ci furent surtout motivés par le déplacement d'armées (germaniques), liées à la poussée des Huns.
Certains de nos ancêtres furent donc des immigrants! Des profiteurs qui pillèrent l'Empire. Il n'en faut pas plus pour penser que les immigrants d'aujourd'hui, garni d'un projet civilisationnel
(souvent inconsciemment), sont les envahisseurs de demain. Jugez plutôt l'analyse d'Eric Zemmour: (invité sur BFM le 2 mars pour la promotion de son nouveau livre "Mélancolie
française")
Qu'en est-il exactement de la pertinence de cette comparaisonde l'Occident avec l'Empire Romain ? Il faut
souligner que les deux situations ont de fortes similitudes. Dans les deux cas, nous avons un empire déclinant qui a voulu conquérir le monde (et qui l'a plus ou moins fait), qui se retrouve pris
au piège d'un territoire devenu impossible à défendre. Dans les deux cas, nous voyons affluer des populations issues de civilisations différentes pour des raisons économiques, politiques
(populations qui fuient des dangers mortels, Attila hier ou Armadinedjab aujourd'hui) sans pour autant que ces populations aient pour projet de détruire leur société d'accueil, mais elles sont
trop différentes pour s'intégrer réellement, et l'on assiste à des phénomènes de regrouppement, de "remplacement" de population. La langue s'en trouve modifiée. Le linguiste Claude Hagège
rappelait dans une interview que les habitants des cités gallo-romaines du 3e siècle étaient horrifiés de voir les barbares parler un latin de cuisine, supprimant les déclinaisons et beaucoup de
vocabulaire pour former les langues romanes (dont sont issues le français, l'occitan, l'italie, le castillan, le catalan, et leurs variantes régionales). N'en est-il pas de même avec le language
des banlieues, d'une pauvreté sémantique déconcertante, d'une laideur phonétique et d'une irrégularité morpho-syntaxique à faire avorter dix femmes enceintes? Pour autant, le français a mis dix
siècles avant de devenir la langue de Molière. Il suffit d'être patient...
Ces populations dans l'Empire Romain ont fait sécession parfois (royaumes barbares), certains étaient alliés à Rome (les francs saliens par exemple), sous le nom de "fédérés". D'ailleurs les
derniers romains (en 476) étaient probablement presque tous des métèques. Les patriciens ont été effacés par l'Empire (le dernier fut Servus Cornellus Scipio Orfitus, consul en 178), qui les a
remplacé par la nobilitas, puis au début du 4e siècle par les patrices, sorte de distinction au mérite genre légion d'honneur. Les fédérés sont restés fidèles à l'Empire. Lorsque les romains leur
ont abandonnés le contrôle des limes (prononcez limaisses - il y a de moins en moins de latinistes hélas, il s'agit de frontières avec les peuples barbares - comprenez étrangers - il y a
de moins en moins d'héllenistes aussi tiens!), ils les ont souvent défendu contre les barbares qui étaient pourtant leurs frères. Ou bien alors les les ont laissé rentrer mais sans doute sans la
moindre joie ou complaisance. Rome avait été obligé de leur laisser les limes pour cause d'anarchie militaire, de désorganisation de l'Empire.
Dans l'Occident d'aujourd'hui, tous les immigrés "intégrés" comme les harkis, ou bien encore les étrangers qui se sont intégrés à l'Europe seraient l'équivalent de ces "fédérés". Rome, c'est
Bruxelles en quelque sorte.
Zemmour souligne le risque de sécession en Seine Saint-Denis. De même, les Wisighots avaient envahis Rome en 406 et mis à sac la ville quelques années plus tard. Ils ont accepté d'en partir en
échange d'un royaume en Aquitaine. Les Vandales, les Wisighots, ont parcouru l'Europe du sud et l'Afrique du Nord (cf Saint-Augustin à Annaba qui raconte l'arrivée des Vandales, bien avant les
arabes). Les Angles, les Saxons, les Frisons, les Francs, les Burgondes, ont également déferlé, dans l'Europe romaine, poussés par les Huns et par l'appat de royaumes à se tailler dans l'Empire
déclinant. Ainsi les Burgondes ont occupé l'Arpitanie (la Savoie, la Suisse Romande ou Romandie, Lyon et le sud de la Franche Compté), puis les francs ont conquis les royaumes wisighots situés
dans le sud de la Gaule. Dans le nord de ladite Gaule, une province restée fidèle à l'Empire s'est consituée (Normandie, Bretagne, Maine, Orléanais, Ile-deFrance) mais non reconnue par
l'Emprereur (qui préférait concentrer ses forces pour sauver Rome) et elle a même vécu après 476 et la chute de la ville impériale devant les armées d'Odoacre. Clovis a vaincu ces derniers
morceaux d'antiquité à la bataille de Soissons, en 486.
Donc quand on fait le point, l'Europe est mal en point. En poussant le vice encore plus loin, on pourrait même dire que l'Empire Romain d'Orient devenu Bysantin, c'est l'Amérique du nord
d'aujourd'hui. On a fait comme les romains, on a divisé notre empire en deux. Le vieil empire historique (la vieille Europe) et le nouveau monde riche et prometteur (c'est Bysance, c'est
l'Amérique, tiens tiens des expressions qui se ressemblent dites-moi!).
Ce qui nous attend: une Europe peuplée très majoritairement d'arabo-africains musulmans anti-occidentaux. La démocratie fera le reste: quand la majorité décide, il suffit de devenir la
majorité.
Sauf que, parce qu'il y a un sauf que (ouf!).
La situation présente quand même (soyons honnêtes) quelques différences et des similitudes "positives".
Les barbares qui ont envahis Rome se sont convertis au christiannisme. On peut donc penser que ceux qui viennent chez nous se convertiront à notre athéisme (n'est-ce pas déjà en cours?) Dans ces
conditions, quid de la Charia? Si l'on demandait aux habitants de Seine Saint-Denis s'ils veulent de la charia, il y a fort à parier qu'une minorité significative serait contre. Quand on
s'habitue à la liberté, à l'intelligence, au progrès, c'est plus difficile de revenir en arrière. Le défi pour l'Occident, c'est de faire comprendre à ces barbares qu'ils ont tout intérêt à
s'intégrer. Or il peut y arriver un jour, il ne faut pas désespérer. Et puis la mondialisation, l'apparition des nouvelles technologies, renforcent paradoxalement le maitien des cultures locales
de souche, tout en contribuant à l'élaboration d'une culture mondialisée qui dépasse les origines ethniques. La télévision n'existait pas sous l'Empire Romain. Or aujourd'hui elle est un liant
très puissant entre les populations. De fait, il y a une communauté culturelle qui transcende les origines ethniques. Il y a une conscience internationale, un droit et des institutions
internationales qui, on peut le parier, survivront à la fin de l'Occident comme a survécu l'Eglise à la fin de Rome. Les barbares ont pris la religion de Rome, ils prendront celle de l'Occident
(la démocratie universaliste). La seule vraie rupture sera une rupture ethnique.
Il y a en effet une réalité démographique aujourd'hui qui n'est pas la même que sous Rome, et c'est là la vraie différence. En réalité, le peuplement de la France a rééllement pris forme au
néolithique, lorsque la population est passée de 50000 individus à 5 millions, pour cause de sédentarisation, invention de l'agriculture, etc. Dès lors les envahisseurs n'ont apporté que leur
culture, mais n'ont pas modifié l'unité ethnique et biologique de la population (cf analyse de Braudel, le pape des historiens français qui n'est pas vraiment d'extrême-droite). Car oui, il y a
eu une unité ethnique de la population française depuis le début jusqu'au 20e siècle. Les Celtes, puis les Romains, les Francs, Burgondes et Wisighots, et enfin les Normands au 10e siècle, n'ont
jamais été plus nombreux que quelques dizaines de milliers d'individus. Mais comme à l'époque tout se jouait sur le terrain militaire, il suffisait qu'une armée s'établisse dans un royaume pour
apporter sa culture, sa langue. Ainsi on parlait latin en bretagne au 3e siècle alors qu'il n'y avait quasimment pas un seul romain "ethnique". De même, lorsque le roi de France a attribué aux
normands de Rollon le duché de Normandie, ça ne veut pas dire que tout le monde est devenu Normand en Normandie. Les normands, très peu nombreux, se sont surout établis sur les littoraux et dans
la vallée de la Seine. Après mille ans sans invasion, il est évident que la popualtion française a assimilé ces quelques apports ethniques, en témoignent les images des poilus partant à la
guerre, dont on voit une homogénéité ethnique impressionnante, qui ne serait évidemment plus la même aujourd'hui. Au 20e siècle, il y a eu un apport de population sans précédent dans notre
histoire. Aujourd'hui un quart de la population a des origines partiellement ou totalement étrangères, et ce n'est que le début. La moitié d'entre cette population est d'origine extra-européenne,
et ne se mélange pas à la population se souche, qui est vieillissante est beaucoup moins féconde. Les statistiques ethniques, interdites car susceptibles de diviser artificiellement la population
(comme au Rwanda en 1994, ...), nous font cruellement défaut et nous condamnent à ces estimations (cf wikipédia) sujettes à caution.
Or lorsque les barbares ont envahis Rome, il y avait encore beacoup de gens qui se représentaient comme des romains, et qui ont mal vécu cet épisode, comme en témoigne l'image négative inscrite
dans l'historiographie. Dans l'Occident d'aujourd'hui, les choses seront différentes puisque la population locale sera très majoritairement barbare, si l'on projette les données démographiques
actuelles.
Le remplacement de population dont parle Zemmour est un phénomène assez inédit. Sous Rome, il ne s'est produit qu'aux limes, d'où les barbares n'étaient de tout façon pas très loin. Or lorsqu'une
population est remplacée comme aujourd'hui, il est normal que la nouvelle population veuille vivre selon sa culture. Lorsque les albanais ont peuplé le Kosovo et remplçé les Serbes (gestion
territoraile de Tito oblige), ils ont ensuite voulu leur indépendance à l'implosion de la Yougoslavie. Les enfants à l'école voulaient apprendre l'albanais et pas le serbe, quoi de plus logique?
Et personne ne s'est ému que le Kosovo accède à l'indépendance contre les méchants serbes, et que l'on déplace des édifices religieux millénaires en serbie à coup de pelleteuse pour régler le
problème.
Et bien personne ne pleurerait l'indépendance de la Seine Saint-Denis et le déplacement de la basilique, qui fait peine à voir aujourd'hui, encerclé par la modernité hideuse (les bâtiments)
peuplée par des africains qui ne savent probablement pas que les rois de france sont enterrés ici (ce n'est pas leur histoire, on ne peut pas leur en vouloir). La République Une et Indivisible,
qui a écrasé les cultures régionales, va
être confronté à un défi d'importance. L'essentiel est de préserver nos libertés et de ne pas accepter l'incursion chez nous de pratiques barbares à tous les sens du terme.
L'analyse de Mr Zemour est donc pertinente si l'on replace bien le contexte historique et surtout, si l'on dédramatise le phénomène migratoire. Après tout comme l'a dit Valéry, les civilisations
sont mortelles, et l'Occident ne s'est pas privé de vérifier à son profit cette implacable réalité. Que peut-on faire face à l'écoulement d'une rivière? Le mieux est encore de surfer dans le sens
du courant en essayant de ne pas chavirer...
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