Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 13:44

"Les civilisations sont mortelles. Qui se souvient aujourd'hui d'Elam, Ninive ou Babylone?"
Ainsi écrivait Paul Valéry en 1912. En 2010 c'est Eric Zemmour qui évoque cette évidence en se risquant dans la comparaison récurrente (depuis 200 ans) et risquée de l'Occident contemporain à l'Empire Romain subissant les grandes Invasions. Grandes Invasions que l'historiographie a renommée grandes migrations, à la lumière de travaux récents qui démentent l'idée de guerre permanente que sous-entend ce terme d'invasions légué par les anciens. Certes il y eut des guerres, des batailles sanglantes. Certes, les cités impériales se garnient de mur, parfois en prenant les pierres d'édifices publics (comme à Vannes). Certes le monde connaissait des changements. Mais ceux-ci furent surtout motivés par le déplacement d'armées (germaniques), liées à la poussée des Huns. Certains de nos ancêtres furent donc des immigrants! Des profiteurs qui pillèrent l'Empire. Il n'en faut pas plus pour penser que les immigrants d'aujourd'hui, garni d'un projet civilisationnel (souvent inconsciemment), sont les envahisseurs de demain. Jugez plutôt l'analyse d'Eric Zemmour: (invité sur BFM le 2 mars pour la promotion de son nouveau livre "Mélancolie française")

 



Qu'en est-il exactement de la pertinence de cette comparaisonde l'Occident avec l'Empire Romain ? Il faut souligner que les deux situations ont de fortes similitudes. Dans les deux cas, nous avons un empire déclinant qui a voulu conquérir le monde (et qui l'a plus ou moins fait), qui se retrouve pris au piège d'un territoire devenu impossible à défendre. Dans les deux cas, nous voyons affluer des populations issues de civilisations différentes pour des raisons économiques, politiques (populations qui fuient des dangers mortels, Attila hier ou Armadinedjab aujourd'hui) sans pour autant que ces populations aient pour projet de détruire leur société d'accueil, mais elles sont trop différentes pour s'intégrer réellement, et l'on assiste à des phénomènes de regrouppement, de "remplacement" de population. La langue s'en trouve modifiée. Le linguiste Claude Hagège rappelait dans une interview que les habitants des cités gallo-romaines du 3e siècle étaient horrifiés de voir les barbares parler un latin de cuisine, supprimant les déclinaisons et beaucoup de vocabulaire pour former les langues romanes (dont sont issues le français, l'occitan, l'italie, le castillan, le catalan, et leurs variantes régionales). N'en est-il pas de même avec le language des banlieues, d'une pauvreté sémantique déconcertante, d'une laideur phonétique et d'une irrégularité morpho-syntaxique à faire avorter dix femmes enceintes? Pour autant, le français a mis dix siècles avant de devenir la langue de Molière. Il suffit d'être patient...

Ces populations dans l'Empire Romain ont fait sécession parfois (royaumes barbares), certains étaient alliés à Rome (les francs saliens par exemple), sous le nom de "fédérés". D'ailleurs les derniers romains (en 476) étaient probablement presque tous des métèques. Les patriciens ont été effacés par l'Empire (le dernier fut Servus Cornellus Scipio Orfitus, consul en 178), qui les a remplacé par la nobilitas, puis au début du 4e siècle par les patrices, sorte de distinction au mérite genre légion d'honneur. Les fédérés sont restés fidèles à l'Empire. Lorsque les romains leur ont abandonnés le contrôle des limes (prononcez limaisses - il y a de moins en moins de latinistes hélas, il s'agit de frontières avec les peuples barbares - comprenez étrangers - il y a de moins en moins d'héllenistes aussi tiens!), ils les ont souvent défendu contre les barbares qui étaient pourtant leurs frères. Ou bien alors les les ont laissé rentrer mais sans doute sans la moindre joie ou complaisance. Rome avait été obligé de leur laisser les limes pour cause d'anarchie militaire, de désorganisation de l'Empire.
Dans l'Occident d'aujourd'hui, tous les immigrés "intégrés" comme les harkis, ou bien encore les étrangers qui se sont intégrés à l'Europe seraient l'équivalent de ces "fédérés". Rome, c'est Bruxelles en quelque sorte.

Zemmour souligne le risque de sécession en Seine Saint-Denis. De même, les Wisighots avaient envahis Rome en 406 et mis à sac la ville quelques années plus tard. Ils ont accepté d'en partir en échange d'un royaume en Aquitaine. Les Vandales, les Wisighots, ont parcouru l'Europe du sud et l'Afrique du Nord (cf Saint-Augustin à Annaba qui raconte l'arrivée des Vandales, bien avant les arabes). Les Angles, les Saxons, les Frisons, les Francs, les Burgondes, ont également déferlé, dans l'Europe romaine, poussés par les Huns et par l'appat de royaumes à se tailler dans l'Empire déclinant. Ainsi les Burgondes ont occupé l'Arpitanie (la Savoie, la Suisse Romande ou Romandie, Lyon et le sud de la Franche Compté), puis les francs ont conquis les royaumes wisighots situés dans le sud de la Gaule. Dans le nord de ladite Gaule, une province restée fidèle à l'Empire s'est consituée (Normandie, Bretagne, Maine, Orléanais, Ile-deFrance) mais non reconnue par l'Emprereur (qui préférait concentrer ses forces pour sauver Rome) et elle a même vécu après 476 et la chute de la ville impériale devant les armées d'Odoacre. Clovis a vaincu ces derniers morceaux d'antiquité à la bataille de Soissons, en 486.
Donc quand on fait le point, l'Europe est mal en point. En poussant le vice encore plus loin, on pourrait même dire que l'Empire Romain d'Orient devenu Bysantin, c'est l'Amérique du nord d'aujourd'hui. On a fait comme les romains, on a divisé notre empire en deux. Le vieil empire historique (la vieille Europe) et le nouveau monde riche et prometteur (c'est Bysance, c'est l'Amérique, tiens tiens des expressions qui se ressemblent dites-moi!).
Ce qui nous attend: une Europe peuplée très majoritairement d'arabo-africains musulmans anti-occidentaux. La démocratie fera le reste: quand la majorité décide, il suffit de devenir la majorité.

Sauf que, parce qu'il y a un sauf que (ouf!).
La situation présente quand même (soyons honnêtes) quelques différences et des similitudes "positives".
Les barbares qui ont envahis Rome se sont convertis au christiannisme. On peut donc penser que ceux qui viennent chez nous se convertiront à notre athéisme (n'est-ce pas déjà en cours?) Dans ces conditions, quid de la Charia? Si l'on demandait aux habitants de Seine Saint-Denis s'ils veulent de la charia, il y a fort à parier qu'une minorité significative serait contre. Quand on s'habitue à la liberté, à l'intelligence, au progrès, c'est plus difficile de revenir en arrière. Le défi pour l'Occident, c'est de faire comprendre à ces barbares qu'ils ont tout intérêt à s'intégrer. Or il peut y arriver un jour, il ne faut pas désespérer. Et puis la mondialisation, l'apparition des nouvelles technologies, renforcent paradoxalement le maitien des cultures locales de souche, tout en contribuant à l'élaboration d'une culture mondialisée qui dépasse les origines ethniques. La télévision n'existait pas sous l'Empire Romain. Or aujourd'hui elle est un liant très puissant entre les populations. De fait, il y a une communauté culturelle qui transcende les origines ethniques. Il y a une conscience internationale, un droit et des institutions internationales qui, on peut le parier, survivront à la fin de l'Occident comme a survécu l'Eglise à la fin de Rome. Les barbares ont pris la religion de Rome, ils prendront celle de l'Occident (la démocratie universaliste). La seule vraie rupture sera une rupture ethnique.

Il y a en effet une réalité démographique aujourd'hui qui n'est pas la même que sous Rome, et c'est là la vraie différence. En réalité, le peuplement de la France a rééllement pris forme au néolithique, lorsque la population est passée de 50000 individus à 5 millions, pour cause de sédentarisation, invention de l'agriculture, etc. Dès lors les envahisseurs n'ont apporté que leur culture, mais n'ont pas modifié l'unité ethnique et biologique de la population (cf analyse de Braudel, le pape des historiens français qui n'est pas vraiment d'extrême-droite). Car oui, il y a eu une unité ethnique de la population française depuis le début jusqu'au 20e siècle. Les Celtes, puis les Romains, les Francs, Burgondes et Wisighots, et enfin les Normands au 10e siècle, n'ont jamais été plus nombreux que quelques dizaines de milliers d'individus. Mais comme à l'époque tout se jouait sur le terrain militaire, il suffisait qu'une armée s'établisse dans un royaume pour apporter sa culture, sa langue. Ainsi on parlait latin en bretagne au 3e siècle alors qu'il n'y avait quasimment pas un seul romain "ethnique". De même, lorsque le roi de France a attribué aux normands de Rollon le duché de Normandie, ça ne veut pas dire que tout le monde est devenu Normand en Normandie. Les normands, très peu nombreux, se sont surout établis sur les littoraux et dans la vallée de la Seine. Après mille ans sans invasion, il est évident que la popualtion française a assimilé ces quelques apports ethniques, en témoignent les images des poilus partant à la guerre, dont on voit une homogénéité ethnique impressionnante, qui ne serait évidemment plus la même aujourd'hui. Au 20e siècle, il y a eu un apport de population sans précédent dans notre histoire. Aujourd'hui un quart de la population a des origines partiellement ou totalement étrangères, et ce n'est que le début. La moitié d'entre cette population est d'origine extra-européenne, et ne se mélange pas à la population se souche, qui est vieillissante est beaucoup moins féconde. Les statistiques ethniques, interdites car susceptibles de diviser artificiellement la population (comme au Rwanda en 1994, ...), nous font cruellement défaut et nous condamnent à ces estimations (cf wikipédia) sujettes à caution.

Or lorsque les barbares ont envahis Rome, il y avait encore beacoup de gens qui se représentaient comme des romains, et qui ont mal vécu cet épisode, comme en témoigne l'image négative inscrite dans l'historiographie. Dans l'Occident d'aujourd'hui, les choses seront différentes puisque la population locale sera très majoritairement barbare, si l'on projette les données démographiques actuelles.
Le remplacement de population dont parle Zemmour est un phénomène assez inédit. Sous Rome, il ne s'est produit qu'aux limes, d'où les barbares n'étaient de tout façon pas très loin. Or lorsqu'une population est remplacée comme aujourd'hui, il est normal que la nouvelle population veuille vivre selon sa culture. Lorsque les albanais ont peuplé le Kosovo et remplçé les Serbes (gestion territoraile de Tito oblige), ils ont ensuite voulu leur indépendance à l'implosion de la Yougoslavie. Les enfants à l'école voulaient apprendre l'albanais et pas le serbe, quoi de plus logique? Et personne ne s'est ému que le Kosovo accède à l'indépendance contre les méchants serbes, et que l'on déplace des édifices religieux millénaires en serbie à coup de pelleteuse pour régler le problème.
Et bien personne ne pleurerait l'indépendance de la Seine Saint-Denis et le déplacement de la basilique, qui fait peine à voir aujourd'hui, encerclé par la modernité hideuse (les bâtiments) peuplée par des africains qui ne savent probablement pas que les rois de france sont enterrés ici (ce n'est pas leur histoire, on ne peut pas leur en vouloir). La République Une et Indivisible, qui a écrasé les
cultures régionales, va être confronté à un défi d'importance. L'essentiel est de préserver nos libertés et de ne pas accepter l'incursion chez nous de pratiques barbares à tous les sens du terme.

L'analyse de Mr Zemour est donc pertinente si l'on replace bien le contexte historique et surtout, si l'on dédramatise le phénomène migratoire. Après tout comme l'a dit Valéry, les civilisations sont mortelles, et l'Occident ne s'est pas privé de vérifier à son profit cette implacable réalité. Que peut-on faire face à l'écoulement d'une rivière? Le mieux est encore de surfer dans le sens du courant en essayant de ne pas chavirer...

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 15:04

« Je ne vois pas pourquoi il y a polémique. Le gouvernement propose simplement le débat. A chacun de donner sa vision. Pour moi, être Français c’est avoir le sentiment d’appartenir à une nation et adhérer à certaines valeurs constituantes de la république comme le souci démocratique, la laïcité, l’amour de son pays... De Gaulle disait qu’il faut arriver à concilier la grandeur de la France et la liberté du monde. Il y a de la générosité dans cette formule. » (Source : Corse Matin, 15/11/09)

Et oui, vous avez bien lu. C'est du Rama Yade, et c'est disponible sur le
site concocté par le ministère de l'immigration (et de tout un tas d'autres trucs, je  vous fais grâce de l'intitulé qui est un florilège de la bienpensance moderne qui dégouline de précautions oratoires et de guimauve verbale).
Pourquoi avoir choisi ce témoignage là en particulier me demanderez-vous? Et bien parce qu'il est terriblement représentatif des inepties chaque jour salement expurgées par l'élite bobo-bling-bling qui a l'insigne honneur de nous diriger, de droite comme de gauche d'ailleurs (mais pour la gauche on savait déjà).
Car enfin madame Yade, ce que je vais écrire peut paraître trivial mais on peut tout-à-fait être français sans avoir je ne sais quel "sentiment" d'appartenance à une communauté de même que l'on a pas nécessairement des ancêtres qu'on aime ou dont on a conscience qu'ils sont nos ancêtres. On n'est pas plus propriétaire de sa nation que de sa généalogie. L'identité ne se décrète pas, n'est pas une affaire de décision personnelle. Même si Nicolas Sarkozy décidait tout-à-coup d'être un congolais, il ne le pourrait pas. Il y a certains domaines qui échappent à notre volonté. Les modernes ont érigé cette dernière en absolu, et ont fait croire que tout relevait d'elle. Or on sait bien que c'est faux. On ne décide pas de devenir chinois pas plus qu'on ne décide de devenir pygmée Mbuti ou Groënlandais. On l'est ou on ne l'est pas.
Plus drôle encore, la deuxième partie de votre phrase, qui porte sur les valeurs de la République et l'amour du pays. Là on est clairement dans le domaine du comique. Les français de Louis XIV n'avaient cure de je ne sais quelle valeur progressiste brandie par les modernes. Alors, s'ils n'étaient pas français, qu'étaient-ils? Des martiens? Les pétainistes durs (LVF) foulaient du pied la démocratie. C'est peut-être gênant de le reconnaître, mais ils étaient bien français. C'est trop facile de se débarasser de ce qui ne va pas dans notre histoire. Napoléon disait : "de Clovis à Robespierre, j'assume tout!" Par ailleurs on peut (et heureusement) détester la France et être quand même français. La France, ca n'est pas uniquement un contrat, un formulaire d'adhésion pondu par je ne sais quel syndicat progressiste. La France elle vient du fond des âges, et ce n'est pas Mitterrand qui m'aurait contredit, lui qui se recueillait devant les tombes des rois de France à Saint-Denis.

La vérité c'est qu'il n'existe pas de définition de l'identité, et quand on commence à s'en poser la question, c'est que celle-ci n'existe plus. C'est le signe qu'il faut inventer quelque chose de nouveau. Je vous propose moi de profiter de cette occasion pour accoucher d'une véritable identité européenne, avec comme aux Etats-Unis une bannière étoilée derrière laquelle tout le monde (et les immigrés une bonne fois pour toutes) pourra se ranger.
C'est l'occasion à saisir. Car je mets au défi quiconque de me définir l'identité français. Nous avons vu que ça ne dépendait pas des valeurs progressistes (y compris la laïcité), ni d'un régime politiqu (la République). Nous savons que ça n'est pas lié au fait de payer des impôts (on pourrait très bien imaginer un homme des bois non répertorié par l'administration, il serait quand même français). Ce n'est pas non plus une affaire de naissance, puisque l'on peut être français né à l'étranger (Ségolène Royal à Dakar). Ca n'est pas non plus une question ethnique, depuis que la Révolution a banni cette notion qui par ailleurs est inadaptée au cas français qui a bénéficié d'apports migratoires importants et s'est construit à parti d'un puzzle de populations (gallo-romains plus ou moins mélangés à des francs, burgondes et wisighots, basques, bretons, vikings). Enfin ça n'est pas du tout lié au fait de parler la langue française. La majorité des francophones dans le monde ne vit pas en France (200 millions en tout) et la France compte sur son territoire 76 langues dont la plupart ne sont parlées nulle part ailleurs. En dépit de son
passé ethnocidaire, la France compte encore sur son territoire métropolitain (et encore plus dans les DOM-TOM) des locuteurs monolingues non francophones (basques, corses, flamands, alsaciens, franciques) qui pourtant ont des ancêtres qui ont toujours vécu là. Donc on peut être français sans parler la langue française et inversement.

L'initiative du ministre Besson de lancer le
débat n'est peut-être pas électoraliste (de toute façon il y a toujours des élections en approche) mais elle s'explique par les problèmes d'intégration rencontrés par les populations récemment immigrées d'origine africaine et arabo-musulmane. Ces problèmes sont autant dus au refus de ces populations de s'intégrer qu'au rascime grandissant des français de souche européenne (qu'on appelle par abus de language des blancs chrétiens comme si les arabes n'étaient pas blancs et comme si le christiannisme était encore une réalité sociale d'envergure). Il est vrai que la France est sans doute l'un des pays les plus généreux en termes d'accueil de populations étrangères, et d'ailleurs si le rascisme était si insupportable nombre d'immigrés partiraient ailleurs. En réalité le problème vient de la trop grande différence de culture et de l'absence de volonté de se mélanger. Les immigrés d'Europe du sud dans les années cinquante et soixante se sont totalement intégrés (alors qu'ils connaissaient également une très grande misère), ils ont joué le jeu de l'intégration à fond et se sont fondus dans la nation française. On voit que les populations immigrées africaines et arabo-musulmanes éprouvent davantage de difficulté. L'image de la France a changé et de nombreux immigrés citoyens français ne se sentent pas du tout français (en témoignent les affrontements de supporters de foot pour l'Algérie). Les français d'ailleurs, ne les considèrent pas vraiment comme des français. L'identité nationale a vécu. La seule solution est européenne.
Les musulmans vivent certaines mesures restreignant l'usage du voile islamique, ou encore l'interdiction de pratiques barbares comme l'excision, la mixité des établissements publics en particulier hospitaliers, comme des mesures les visant spécifiquement et visant à leur dire: "ici vous êtes chez nous et vous devez faire comme on fait chez nous!" En même temps, on ne peut pas dire que dans leur pays d'origine, les cultures étrangères soient à l'honneur. Les femmes qui vont en Arabie Saoudite ont l'obligation d'être voilée. Personne ne crie au scandale. Au lieu de pointer du doigt ces sociétés médiévales et barbares, on culpabilise en permanence l'Occident, pourtant à la pointe des droits de l'Homme et de l'accueil de populations étrangères. Il existe encore en France une atmosphère de suspiscion envers l'élément étranger mais ce sentiment était bien plus fort autrefois. A l'époque de l'exposition coloniale de 1900, les canaques étaient présentées dans des cages et les passants leurs offraient des cacahuètes. La lecture de Tintin au Congo nous informe également qu'il n'y a pas si longtemps, il y avait un paternalisme fort envers les noirs. C'est ainsi, chaque époque à ses références morales et l'on ne doit pas tout juger à l'aune du 21e siècle. Les français d'aujourd'hui ne sont pas plus esclavagistes que les français noirs d'aujourd'hui sont des esclaves (qui d'ailleurs bien souvent ont aussi des ancêtres blancs donc potentiellement esclavagistes). Et puis l'esclavage a été pratiqué partout, en masse par les arabes, il a été inventé par les noirs (qui n'avaient aucune consience de la fratrie noire ni d'un quelconque intérêt collectif - on voit que cela continue d'ailleurs aujourd'hui), et les tribus côtières vendaient des prisonniers capturés dans les terres. L'Occident a été le premier à bannir l'esclavage. Pourquoi ne pas admettre qu'il y a aussi beaucoup de choses positives dans les valeurs de notre civilisation?

En Europe on assiste (avec l'affaire du référendum en Suisse) à une méfiance croissante à l'égard des musulmans dont on soupconne de faire régresser notre civilisation en important leurs pratiques culturelles (dont le lien théologique à l'islam est parfois sujet à discussion). Les modernes se réveillent après avoir innondé la Terre de leur religion de la volonté et leur universalisme, ils sont en train de se rendre compte que l'identité comporte une dimension innée. Ils ont presque réussi à annihilier la nôtre et à la dissoudre dans leur discours progressiste mais réalisent que la tâche va être beaucoup plus ardue avec les musulmans. Cette situation est d'une ironie cruelle, et montre bien que le revers de la médaille du progrès pourrait bien entraîner l'Europe dans un morcellement communautariste qui la renverrait au moyen-âge.

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 19:22

Nous vivons dans un monde décidemment étrange. Alors que la crise secoue le monde entier et que l'on voit bien que les nations sont incapables de proposer une vraie régulation des marchés, les partis politique progressistes éprouvent dans les pays riches les plus grandes difficultés à parvenir au pouvoir.
Le loobie de la finance, l'un des plus puissants aux Etats-Unis, a la main haute sur le congrès. L'administration Obama aura beaucoup de difficultés à imposer une régulation forte des marchés financiers, et par ricochet tous les autres pays. si l'on impose par exemple aux banques françaises d'annuler tous les bonus distribués aux traders, on risque simplement de pénaliser (c'est un euphémisme) les établissements concernés. On ne réglera aucun problème et on ne recueuillera pas d'argent. L'affaire est à traiter au niveau international.
Seulement il ne faut pas que chacin s'arqueboute sur cet argument pour ne rien faire. Là est toute la difficulté. L'avenir nous dira si la volonté politique des dirigeants actuels est suffisante pour tenter de sauvegarder notre système économique, qui risque d'être menacé par la répétition de nouvelles crises.

Dans ce contexte, on peut s'attendre à une recrudessence des partis politiques progressistes. Et bien pas du tout, en Europe, ils connaissent des difficultés historiques. Chaque cas trouve une explication dans le contexte local, mais certains politologues ont émis l'idée que cette situation est due à des causes structurelles.
En Italie, la gauche est à terre alors que Berlusconi multiplie ses frasques. Dans les pays d'Europe de l'Est, les partis de gauche ont bien du mal à se faire entendre. Même en Suisse, un référendum récent lançé par le parti populiste local a triomphé des maximes progressistes (il s'agissait d'interdire la construction de minarets). En France, la gauche est explosée par les divisions, et ne parvient pas à trouver de leader. Elle n'arrive pas à faire entendre un message, et les seules élections qu'elle semble pouvoir gagner sont locales, dans le cadre d'un vote sanction. On vote contre Sarkozy, et non pour le PS. Or une grande élection ne peut être gagnée que par un mouvement d'adhésion à un projet, et non sur un simple rejet (le plus petit dénominateur commun).
La gauche est divisée, mal à l'aise dans la cinquième République, rechigne au commandeur, au caudillo, n'a pas cette pulsion bonapartiste pourtant su française. Plus que cela, les français ne l'aiment plus. Ils sont excédés par ses divisions, par le carriérisme de ses cadres.

Que s'est-il passé plus profondément dans la société pour que la gauche aille si mal? Le gouvernement Jospin n'a pas été si mauvais (chiffres du chômage, politique économique). Il a même été un très bon gouvernement. Mais voilà, c'est le gouvernement qui a le plus privatisé. La seule mesure de gauche (35 heures) a été une calamité. Les français se sont rendus compte que la gauche gouvernait comme la droite. En réalité, cela remonte au gouvernement Mauroy en 1982. C'est ce gouvernement qui, au bout de six mois de mesures très symboliques (abolition de la peine de mort, radio libre, etc.) a initié le grand mouvement de dérégulation des marchés financiers. Ce mouvement était inévitable pour lutter contre la crise. Michel Rocard dans un livre d'entretien avec Benamou livre un récit des plus instructif de cette période ou la gauche a perdu son âme (elle s'est confronté pour la première fois à la réalité).
Mais a-t-on reproché aux dirigeants conservateurs toutes les mesures progressistes qu'ils ont mis en oeuvre? Le droit de vote aux femmes, la sécurité sociale, l'extension du droit de vote aux jeunes de 18 ans, la pillule et l'avortement, la supression de la conscription, et même les grandes nationalisations de 1935 (gouvernement Laval) n'ont pas été obtenues par la gauche.
Aujourd'hui les français reprochent à la gauche de s'être soumise au libéralisme (social-démocratie). Mais ils conservent également une grande méfiance pour les communistes et consorts, qui sont ringardisés par les mouvements altermondialistes et écologistes.
Et puis, c'est la pensée progressiste qui a réclamé pendant des décennies l'ouverture des frontières, l'égalité entre les "citoyens du monde". Résultat les chinois s'enrichissent et les européens s'appauvrissent. Le dumping social condamne la classe moyenne à la prolétarisation. Pour la première fois depuis Napoléon premier, les français vont régresser socialement. La gauche fustige une situation qu'elle a appelé de ses voeux à grand coup de leçons de morale.

La pensé progressiste, avec sa posture insupportable de donneuse de leçons, est finalement prise dans ses propres contradictions. De surcroît, il y a un fossé entre son discours ringard basé uniquement sur le rejet de la droite et ses actes qui en font une sorte de droite molle.
Les français l'ont bien compris, quitte à avoir la droite, autant avoir l'originale. Ca tombe bien, celle-là à su résister aux contradictions, en dépit de toutes les difficultés conjoncturelles qu'elle subit et de l'effondrement du système dont elle n'a cessé de vanter les mérites...

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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 16:57

Nous sommes allés à Berlin pour voir un peu où en était la ville en ce jour de commémorations où la chancelière allemande reçoit Michail Gorbatchev et Lech Valesa, et ce soir peut-être le président Sarkozy.

C’est une grande fête en Allemagne, beaucoup de gens se sont rassemblés à l’Alexanderplatz en dépit du mauvais temps.

 

- Sur l’île des musées à Mitte.

 

A l’emplacement de l’ancien palais de la République qui a été détruit, on peut voir les fondations du palais royal qui existait avant la guerre (voir première photo). Celui-ci doit être reconstruit. En attendant des fouilles archéologiques ont lieu et laissent apparaître des éléments du vieux palais qui sont mis à jour.

La façade du musée archéologique (Altes Museum) est également en restauration (voir deuxième photo), alors que le Berliner Dome (dôme de Berlin) a retrouvé sa superbe apparence. On peut y voir à l’intérieur un musée qui retrace l’histoire architecturale de la ville.

C’est un quartier assez animé, central, et qui retrouve un peu son âme.

 


 

- L’ancienne chancellerie.

 

La rénovation de Berlin engagée depuis la réunification ne fait pas l’unanimité dans sa forme. Certes, les bâtiments construits sur la Potsdamer Platz sont très modernes et évoquent le renouveau, dans un endroit où il n’y avait rien (no man’s land pendant quarante ans). Mais le complexe parlementaire comporte quelques horreurs. La nouvelle chancellerie que les berlinois surnomment la machine à laver est un joyau de mauvais goût. Des gouttes de pelouse qui ornent son entrée donnent une sorte de nausée à tout voyageur averti (qui a visité l’Italie par exemple). Le summum reste quand même la traversée de la Karl Marx Allee. Il faut le faire depuis l’Alexanderplatz jusqu’au Kosmos, grand multiplexe berlinois. On est alors saisi (si l’on est plus ou moins normalement constitué) d’une angoisse vibrante, d’un sentiment d’étouffement. Comment a-t-on pu imaginer de construire de telles horreurs ?

A Berlin, tout reste à faire. Des trottoirs manquent ici et là, les trams se croisent parfois dans l’anarchie des travaux. Tout cela ne fait pas très allemand. En revanche la gare est d’une fonctionnalité remarquable (Berlin Hauptbahnhof).

 

Nous avons été voir ce qui restait du quartier de l’ancienne chancellerie. D’abord, il reste beaucoup à faire. Le Bundesrat (chambre des länder) jouxte un terrain vague hideux (voir photo). La Lepziger Platz comporte beaucoup de façades en trompe-l’œil derrière lesquels il n’y a que des friches (il y a un côté western). Mais en suivant les anciennes cartes, on a du mal à retrouver l’emplacement de l’ancienne chancellerie du Reich. Il est à deux pas du mémorial des victimes de la Shoah.



              Nous arrivons dans un quartier résidentiel glauque, et apercevons une pancarte. Là s’érigeait le FürherBunker, popularisé par le film « la Chute » (magnifique). Son plan détaillé est affiché, avec des commentaires. On nous dit que les communistes ont tout rasé, sauf le planché qui reste six pieds sous terre (c’était trop cher de l’extirper). L’endroit est surréaliste (voir photo). Tout près de tous les points névralgiques de Berlin, en plein centre, on a l’impression d’être dans une périphérie urbaine. Et puis on se rend compte qu’on se tient à l’endroit même ou Hitler a été brûlé, où Joseph et Magda Goebbels se sont suicidés. Un grand poster de Mickaël Jackson est pendu par une fenêtre du bâtiment dont le jardin est l’emplacement de l’ex-bunker.

Devant la porte de Brandebourg, une immense allée qui traverse le Tiergarten (grand parc) appelée rue du 17 juin est en fait une avenue érigée par les nazis. C’est le premier et dernier aménagement de Germania, la ville rêvée d’Hitler.

A quoi ressemblera Berlin une fois les travaux finis ? Ce sera la plus grande ville d’Europe, la plus moderne aussi. Il est peu probable que ce soit la plus belle.



 

Aujourd’hui Berlin n’est plus qu’à 60 km de la frontière avec la Pologne. La Silésie, le sud de la Prusse-Orientale, la Poméranie et le Neumark (Brandebourg oriental) ont été annexées en 1945. Aujourd’hui il reste un demi-million d’allemands en Pologne occidentale dont 150000 continuent à parler la langue de Goethe. On trouve des médias (presse, télévision) en langue allemande et il existe 325 écoles de langue allemande avec plus de 37 000 étudiants. Récemment, certains allemands ont pu réintégrer leur propriété familiale. Mais il est intéressant de noter que ces régions ont une très faible densité de population car les nombreux allemands qui ont fui n’ont pas été forcément remplacés par les polonais, dont le territoire historique est plus à l’est. Ainsi on trouve de grandes exploitations avec des terrains immenses. L’agriculture est marquée par ce phénomène. En 1989, les allemands ont définitivement renoncé à ces territoires qui leur ont été injustement confisqués en acceptant la réunification (car c’était une condition). Pourtant il y a en Pologne de nombreux allemands qui ont une forte identité non pas linguistique mais ethnique (c’est le pilier de l’identité pour les germaniques).

Le poids de la défaite militaire de 1945 est-il totalement balayé par les années ?

 

 

 

 

 

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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 14:51

La polémique sur la grippe A ne semble pas retomber tant la suspicion de collusion entre la sphère du pouvoir décisionnel et les industries pharmaceutiques est grande. Au début de l’été, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a surpris les Etats en faisant évoluer le « statut » de la maladie vers celui de pandémie mondiale, s’appuyant sur l’argument de la nouveauté du virus et de son extrême transmissibilité. Quelles sont les influences des lobbies pharmaceutiques dans les organismes de santé tels que l’OMS ? Existe-t-il une collusion entre les firmes et les politiques ?

On se souvient que l’ancien secrétaire à la Défense du président Bush, Donald Rumsfeld, était avant 2001 président du conseil d’administration de Gilead Sciences, qui a développé et commercialisé le Tamiflu, médicament utilisé dans le traitement de la grippe aviaire. D'après le magazine Fortune (numéro du 31 octobre 2005 - information rapportée par CNN Money), M. Rumsfeld possédait entre 5 et 25 millions de dollars d'actions dans la société. À la suite à cette révélation, le journal Libération rapporta qu'il avait ajourné la vente de ses actions en prévision de la pandémie. Le groupe réalise aujourd’hui d’importants profits (chiffre d’affaire pour le troisième semestre 2009 : 1,80 milliards de dollars, en progression de 31% par rapport au troisième semestre 2008). Le gouvernement français a récemment commandé 24 millions de boîtes du médicament Tamiflu commandées à Roche, un laboratoire suisse affilié à Gilead Science. Par rapport à 2008, les ventes de Tamiflu ont déjà été multipliées par douze...

En France, la ministre de la santé Roselyne Bachelot qui a travaillé douze ans au service de l’industrie pharmaceutique, est suspectée de conflit d’intérêts. Touchera-t-elle des rétro-commissions suite à l’achat précipité par l’Etat de 94 millions de doses de vaccins pour assurer la vaccination de 47 millions de français (il faut deux doses par personnes) ? Les firmes Novartis, Sanofi et Glaxo ont respectivement gagné 16 millions, 28 millions et 50 millions d’euros.


La situation sanitaire justifie-t-elle ces contrats ? Aujourd’hui un peu plus de 2000 personnes sont décédées dans le monde de la grippe A. Tom Jefferson, épidémiologiste italo-britannique qui travaille pour l’ONG Cochrane, a attiré l’attention du monde sur l’influence qu’exercent les firmes au sein de l’OMS, (lire l’interview du 24/07/2009), : les représentants de deux géants du vaccin, Novartis et GlaxoSmithKlein –GSK–, faisaient partie du comité d’experts qui a décidé du passage à l’alerte pandémique. Au même moment à la conférence du Cap, en Afrique du sud, des virologues ont dénoncé l’alarmisme face au virus H1N1 et l’urologue – et député UMP – Bernard Debré dénonçait en France dans une tribune au Journal du dimanche la surmédiatisation d’une simple “grippette”.

17 % des Français envisagent de se faire vacciner contre le nouveau virus, selon un sondage IFOP publié le 24 octobre 2009 alors qu’ils étaient 55% au début du mois de septembre, ce qui montre bien que la méfiance grandit sur le vaccin, dont une partie risque de rester sur les bras du gouvernement.

Celui-ci argue du fait que le principe de précaution est prioritaire, qu’on lui aurait reproché de ne pas l’avoir mis en œuvre si l’affaire avait été plus grave. La canicule de 2003 a laissé des séquelles dans la gestion des crises sanitaires et le gouvernement ne veut plus prendre de risques. Mais n’est-ce pas aussi une excuse qui fait l’affaire des industriels ?


Les contrats signés entre les firmes et le gouvernement sont restés très opaques (selon l’hebdomadaire Le Point). Le ministère de la santé a expliqué dans un communiqué que les contrats relatifs aux commandes de vaccins "seront transmis à toute personne morale en faisant formellement la demande au ministère en charge de la santé". Le député PS Gérard Bapt, rapporteur spécial du budget de la Sécurité sociale, a voulu vérifier sans réussite la teneur de ces contrats. Le ton est alors monté entre lui et Roselyne Bachelot à l'Assemblée nationale.

Jeudi, le journal Le Parisien/Aujourd'hui en France (article de Marc Payet du 29/10/2009) soulignait que le Groupe d'expertise et d'information sur la grippe (Geig), association qui conseille régulièrement le ministère de la santé, est "financé à 100% par les laboratoires producteurs du vaccin contre la grippe" (50% par Sanofi Pasteur MSD, et 50% par GlaxoSmithKlein, Novartis, Pierre Fabre et Solvay). Le président du groupe scientifique de Geig, Mr Bruno Lina, n’est cependant pas rémunéré par ce dernier, ce qui selon lui assure son indépendance.


Si l’on regarde toutefois l’industrie pharmaceutique au niveau national, on se rend compte que les prospectives (étude du cabinet Arthur D. Little réalisé pour le LEEM) laissent augurer des jours sombres (entre 10000 et 22000 emplois perdus d’ici cinq ans) ce qui est dû à la montée en puissance des génériques dont la fabrication est souvent délocalisée. Dans ce contexte l’obligation de réduire la pression commerciale des industriels sur les médecins est plutôt malvenue, selon les laboratoires.

Cela s’explique par la volonté des pouvoirs publics d’assainissement des comptes de la Sécurité sociale, qui reporte par un effet de vase communiquant les difficultés dans le secteur de l’industrie pharmaceutique.

 

En attendant, le ministère de la Santé est sous haute surveillance. Certes, l’avenir économique d’une filière passe après la santé publique. Et même si le principe de précaution prime sur tout, le contribuable doit pouvoir vérifier si son argent ne fait pas l’objet d’utilisation frauduleuse.

Par Grallon - Publié dans : santé
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